Le mémoire.

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07 | 09

Bruxelles, bar du soleil, début d'aprés midi.

J'ai retrouvé mon secrétaire au bar du soleil avec les papiers nécessaires à l'inscription en Master à l'Arba.

Secrétaire: Ca consiste en quoi un master?
Anne: Dans mon cas ça devrait parler de mon travail, définir ses thèmes.

Définir les thèmes de ma peinture, voilà, voilà...

J'ai toujours écrit des "impressions" qui me semblaient liées à ma peinture, mais rien que je puisse présenter à côté d'elles sans embrouiller le message, rien de construit.
L'an dernier, j'ai eu prétexte pour exprimer autrement que par la peinture mes "thèmes": Une exposition personnelle, "Blue bruise".
Pour l'exposition Blue Bruise j'avais présenté mes peintures et une vidéo, les séries étaient nommées: Femmes, Crucifixion, Carne et Cosas.
Voici le texte qui décrivait l'expo:
" Le corps est au cœur des peintures. Toiles voraces, cannibales, sœurs bafouées, elles se regardent et se jugent, évaluant leurs chances de survie, Elles se répondent alors et semblent faire partie d'une même pièce de théâtre. "
Chacune de ces séries aurait pu être présentée seule sans trahison, mais l'opportunité de les regrouper en un lieu et de les placer dans un cheminement m'excitait.

4 peintures de femmes, peintes d'après photos ou dans un cas, de dessin de photo:
-1 streap-teaseuse en chien de fusil, d'une couverture de playboy.
-une femme allongée, photographiée par Araki. Que j'ai utilisée pour deux peintures.
-un dessin que j'avais fait dix ans auparavant à partir d'une photo du buste de Zoia, espionne russe condamnée à mort par les Nazis, et dont le corps avait été exhibé sur la place publique.
Ces photos ont en commun le fait qu'elles soient des photos de femmes prises par des hommes. J'ai transformé ces poses figées désirées par ces hommes, en sas dans lequel le temps est en suspens.
Dans le cas de celle d'Araki et de la couverture de Playboy, les femmes posent, mais dans le cas de Zoia, elle est morte, figée par le froid depuis quinze jours au moment de la photo. Or de ces photos, celle dont la charge érotique est la plus forte est celle de Zoia, le froid, figeant la position de la pendaison, a conservé sa cambrure, son visage est doux, comme pacifié après la lutte.

Crucifixion, un triptyque de tableaux de 2X2m. Je ne peux décrire avec des verbes ce tableau, elles est porteuse de plusieurs sens, plusieurs images. Cette crucifixion n'était pas clairement composée d'hommes accrochés à des croix. Plutot des femmes que l'on devinait au travers de taches de couleur.

Carne, une reprise de mes derniers travaux d'école, j'avais demandé à ma mère de m'envoyer des photos de la revue National géographic, j'avais besoin de "vivant".
Quand j'ai repris ces peintures, peu avant Blue Bruise, je leur ai fait peau neuve, en les désincarnant, je gardais leur enveloppe, puis les assemblais en vol. J'ai utilisé du papier d'architecte jaune translucide pour leur peau, ce qui donnait une impression de membrane que j'ai collée avec des taches de peinture rouge cramoisi, comme une coagulation qui signifiait la guérison.

Cosas, d'après photos d'autoportraits de baisers, dessinées en cheveux.

Et enfin, Nonchaland, une vidéo en stop-motion. Projetée sur le plafond d'un lit à baldaquin, la projection démarrait quand une ou plusieurs personnes s'allongeaient sur le lit.
En plongée, dans un cadre blanc comme le bord d'un polaroid mais en mouvement, une femme nue dans l'herbe, mime la décomposition d'une chute.
En vue subjective, dans un jardin nous suivons un adolescent androgyne, Hadrien, en peignoir noir. Il remonte du fond du jardin vers la maison, il remonte le jardin comme on remonte au vent en tirant des bords, indifférent, il croise sur son chemin, 4 peintures de femmes (citées ci-dessus), après la quatrième posée au seuil de la maison, il disparait de l'image en s'introduisant dans la maison. Nous entrons à notre tour, cherchant notre chemin, et nous arrêtons dans la cuisine où nous retrouvons le jeune homme assis, une mère à ses côté qui tient un bébé(une petite fille) dans les bras.
Un texte écrit pour cette vidéo passait en générique sur la tête de ma fille :
Idoles.
Souveraines. Femelles. Entrailles rubis. Parcours du corps comme jardin labyrinthique.
A la recherche du douloureux mystère intérieur, suis-je telle que l'on me voit ou suis-je une autre, suis-je purement physique ou celle de mon passé.
Je suis mes ailes.
Découpez-moi en tranchant mon intimité, vous ne vous rendrez qu'à l'évidence. Ce que je suis n'est que couleurs, rêve, un exemplaire de l'éternité incarnée. Les cheveux longs par désir, les cheveux courts par envie. Ce que je vous offre n'est qu'un espoir d'être Celle-là.
Je suis devant vous comme je suis dans le monde et si je vous fais peur, c'est que vous portez la frayeur. Je suis à chacune de mes respirations, un risque potentiel, malgré tout il faudrait que vous refusiez de me voir pour cesser de vivre, pour vous amputer. Souvent vos yeux trahis m'usent. Je ne désire pas vous connaître, je m'expose à vous uniquement.
Gardez mon secret.
Perdita Durango.


Ce qui liait, le thème récurrent à toutes mes peintures : l'arrêt dans le temps, le besoin d'une douleur pour marquer la nécessité d'un renouveau, pour que des possibles différents existent.

Secrétaire: Notre parcours n'a pas de fin, on s'arrête un instant, digère ce qui vient de se passer, puis on prend une nouvelle direction poussé par le pet de cette digestion.

Commentaires

Le 19 mai 2010 admin à dit :

Je n'ai pas été au bout de l'intuition qui me guidait à l'époque, il y avait dans cette exposition quelque chose de masqué.
Pour reprendre un exemple dans cette exposition : Les femmes. J'ai détourné les poses des femmes de leur première fonction, en les changeant d'échelle(du magazine au 2mpar2m), puis profitant de cet instant je les ai rempli d'autres matières.
La strip-teaseuse accroupi devint "Fuite", le modèle d'Araki "La femme à la carotte" et "La femme au papillon", et le buste de Zoia "L'ange". Ces femmes peintes semblaient avoir changé d'état elles étaient devenues liquide, gazeuse, poudreuse.
Voici mon cheminement dans la création de ces toiles, entendre que le peintre a sublimé l'image aurait peut-être permis au spectateur de s'approprier cette vision, alors que en les donnant tel quel dans un cube, je l'enfermais dans ma vision sans lui laisser une chance de comprendre.

Tout ce qui j'ai voulu donner par les choix de mise en scène de Blue Bruise peut être éclairci aujourd'hui par ces notes prises durant un cours de la théorie de la communication et de la narrativité de l'image, donné par madame M. cette année :
"Titre du cours : autoportrait prophétique.
"Présence : faire un avec le vivant, est-ce possible d'arrêter d'être dans la représentation?
Traduire la vision de la vision d'un autre(Martyre des dix mille).
Critique du simulacre pour dire la suprématie du vivant sur le mort. Platon.
C'est la question de l'âme qui est essentielle, la connexion avec le Vivant, dans la présence, dans l'instant.

Certaines des toiles présentées avaient été peintes 4 ans avant cette exposition, le dialogue de moi à ces toiles était passé, je ne les assumais plus, et pour que l'idée de création existe à nouveau je les ai mises en scène, je les ai re-mystifiées en les placant dans un décor... avec un éclairage réalisé par un professionnel du spectacle "vivant".

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